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Date: Fri, 30 Sep 2005 05:47:48 +0100 (BST)
Subject: Re: [D-G] lets prepare together before the conference of 1st october
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Quels savoirs pour l’altermondialisme ? 

Rencontre organisée le 1er octobre 2005 à l’ULB

par le GECo (Groupe d’études constructiviste) 

(voir http://dev.ulb.ac.be/geco/) 

et 

par le PAI (pôle d’attraction interuniversitaire) « Loyautés des savoirs »

(voir http://www.imbroglio.be/) 



 

Les cris ont un mode de propagation propre. « Un autre monde est possible ! » a la puissance d’un faire sentir dont la portée est, a priori, indéterminée. Et c’est en tant que tel qu’il est susceptible de nous poser question, à nous, intellectuel/le/s", c’est-à-dire à nous pour qui la production de savoir compte, mais qui manipulons des catégories théoriques toujours susceptibles de nous défendre (ou de nous séparer) de cette puissance, et de faire taire cette indétermination. 



Que peut, si nous acceptons de l’entendre, nous apprendre ce cri, mais aussi l’ensemble de ce qui entre en résonance avec lui ? On peut penser ici, entre autres, à ce qu’il est désormais possible d’appeler l’« événement » OGM, à la mise en question de plus en plus active des Droits de Propriété Intellectuelle (deux sujets qui préoccupent le PAI « Les loyautés des savoirs ») ; mais aussi à la manière dont beaucoup de Français ont, avant le 29 mai, lu et/ou discuté d’un texte qui n’était sans doute pas fait pour être lu, bien plutôt pour servir de justificatif aux « réformes » dont la nécessité s’impose, nous disent les experts, à la manière de la loi d’attraction universelle de Newton.



La rencontre que nous proposons n’a pas pour but d’interroger l’altermondialisme en tant que tel, mais de nous situer nous-mêmes par rapport au « possible » qu’il affirme. Nous faisons l’hypothèse que le cri « alter » appartient à une époque dont il s’agit de penser la nouveauté mais aussi la persistante solidarité avec une imperturbable référence à un progrès excluant tout « autre ». Le cri rendrait alors perceptible que cette référence fonctionne, et a peut-être toujours fonctionné, comme un « mot d’ordre ». Et qu’il appartient au pouvoir de ce mot d’ordre de faire accepter comme souhaitable, ou malheureusement nécessaire, la destruction de ce qui peut être qualifié d’« entrave au progrès ». Qu’en est-il alors de nos propres savoirs, disons « académiques » au sens large, et du rôle qu’y joue la référence au progrès ? N’ont-ils pas été, eux aussi, capturés par ce mot d’ordre ? Ne risquons-nous pas, si nous n’acceptons pas la mise à l’épreuve de toutes les catégories qui sous
 crivent
 à une logique de progrès, ou affirment le danger de « régressions » (ce serait ouvrir la porte à…), de ne pas entendre la manière dont le cri « alter » nous met, nous aussi, en question ? 



On ne tombera pas, à propos des savoirs impliqués dans le mouvement altermondialiste, dans le piège d’une mystique romantico-révolutionnaire, qui attendrait de la voix du peuple, lorsqu’il se met en branle, une vérité auparavant inconcevable. Un proverbe chinois dit que le fou tire sur la jeune pousse, alors que le sage sarcle autour. Le sens d’un possible précaire n’est pas ailleurs que chez tous ceux/toutes celles qui se demandent « comment sarcler ». En l’occurrence, pour nous, cela pourrait signifier comment concevoir la possibilité et l’importance d’« autres » modes d’engagement producteurs de savoir que ceux qui prévalent aujourd’hui. Comment habiter l’espace ouvert par le cri « alter », tout en contribuant à l’empêcher de devenir mot d’ordre ? Et d’abord - parce que nous pouvons à ce sujet apprendre les un/e/s des autres - comment nos catégories, notre manière de nous situer, sont-elles mises en risque ou en mouvement selon la manière dont nous pouvons entendre ce cri 
 ? 



C’est ici d’ailleurs qu’une des dimensions de l’approche constructiviste expérimentée par le GECo peut être pertinente, car cette approche implique de se soustraire activement au mot d’ordre de neutralité qui correspond à l’engagement académique, et cela non en dénonçant cette neutralité comme « fausse », mais en faisant importer d’autres questions telles que : de quel prix se paie une telle neutralité ? à qui le savoir produit selon cet engagement s’adresse-t-il ? Pour qui fait-il une différence ? Comment situe-t-il celui ou celle qui le propose ? Qu’est-ce qui a titre à le mettre à l’épreuve ? 



Dans « La sorcellerie capitaliste », Philippe Pignarre et Isabelle Stengers ont proposé de penser les savoirs non à partir de l’opposition entre « neutre » et « engagé », mais à partir du contraste entre « minoritaire » et « majoritaire », qualifiant de majoritaire « toute pensée se définissant comme valide ‘en droit’, indépendamment du fait que les gens qu’elle concerne pourtant soient capables de penser » (p. 146). Un tel contraste (qui permet de penser les sciences expérimentales comme des savoirs minoritaires !) pourrait-il nous aider à penser qu’« un autre monde (académique) est possible ! » ? 



Organisation de la rencontre

Le « nous » qui se réunira le 1er octobre désigne des « producteurs de savoir », qu’ils soient diplômés ou non, mais pour qui la question de cette production importe. 

Notre but est d’oser parler à cette époque, situé/e/s par elle. C’est pourquoi il ne s’agira pas d’une rencontre « grand public désireux de s’informer », mais d’une réunion de travail, où tous les participant/e/s seront également, potentiellement du moins, intervenant/e/s, et où nous éviterons tout exposé « général », que ce soit sur l’altermondialisme, le progrès, le monde académique, etc.. Il s’agit de privilégier un processus de construction nourri par ce qui fait penser, hésiter, imaginer, douter, objecter chacun/e d’entre nous, ce qui implique une prise de risque par rapport au rythme usuel des rencontres académiques (écouter un orateur, discuter de ce qu’il/elle a présenté, puis passer au suivant). 

Nous ne prévoyons donc pas de programme, mais demandons en revanche à ceux/celles qui le désirent de se préparer à une ou plusieurs interventions brèves (pas plus de 15 minutes en tout cas, moins si possible). La journée sera séquencée en périodes distinctes, chacune ouverte par un/e volontaire qui créera ainsi le paysage que d’autres interventions, questions, discussions viendront habiter. Les séquences sont prévues pour éviter deux types de dérive : celle qui mènerait à exclure certaines propositions au nom d’implicites non partagés et celle qui nous mènerait tous hors du propos. 



Pour qu’une telle organisation soit viable, il est nécessaire que ceux et celles qu’elle concerne se rendent capables de la faire tenir et de l’habiter. Sommes-nous capables de prendre et recevoir, d’apprendre ensemble, de lier ce qui nous importe aux apports des uns et des autres ? Cette épreuve appartient aux possibles précaires dont notre rencontre voudrait poser et expérimenter la question. 




 

		
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