From: bdesroches-AT-lb.cicomore.fr (bdesroches) Subject: Re: MB: Bec Blanc Pere Lac Date: Thu, 29 Apr 1999 02:58:47 +0200 Matthews Gregory a écrit : (...) >je ne met pas en question l'organisation d'un livre quand je >questionne sur le post-structuralisme, mais sur les systhèmes mis en >oeuvre pour commenter - ou le tenter tout au plus avec Blanchot - un >texte. > (...) Je me méfie d'écrire un "commentaire". Le "commentaire" est toujours un "comment taire", ce me semble. Blanchot écrit quelque chose qui en convainc, à mon avis, dans l'Ecriture du désastre : "Ecrire, c'est peut-être amener à la surface quelque chose comme du sens absent, accueillir la poussée passive qui n'est pas encore la pensée, étant déjà le désastre de la pensée. Sa patience. (...) Un sens absent maintiendrait "l'affirmation" de la poussée au-delà de la perte (...) D'où la difficulté d'un commentaire d'écriture; car le commentaire signifie et produit de la signification, ne pouvant supporter un sens absent". Le commentaire est un comment taire le sens absent, cela je l'ai toujours senti. C'est le jeu insensé auquel je me livre en ces lignes, par exemple. L'écrire du comment taire est ce désir de faire sens en comblant l'absence de sens de l'écrire. Ici écrire et désir sont noués. L'écrire du comment taire échoue à combler l'absence de sens. Le désir est donc sauf. Il est sauf, sauf la mort, sauf l'écriture du désastre, l'écriture du désir sans désir, sans sens, sans tension, sans passion, dans la défaillance, par défaut, ce que Blanchot appelle : l'écriture. On sait que l'étymologie de "désir" (de-siderare) est bien celle de dés-astre. Je préfère donc : "jouer". Laisser "jouer" le sens et "jouer" du sens. (Jouir n'est pas loin, naturellement. A la place de "jouissance", ce mot intraduisible en anglais, Lacan écrivait "j'ouïs sens" - which would be "I hear sense"). Jouer à la façon de Mallarmé, sachant l'insensé du jeu, mais sans renoncer à l' "intelligibilité féroce" - dont Paul Bénichou, par exemple, fait preuve - Je cite Mallarmé de mémoire : " C'est, ce jeu insensé d'écrire, s'arroger, en vertu d'un doute - la goutte d'encre apparentée à la nuit sublime - quelque devoir de tout recréer, avec des réminiscences, pour avérer que l'on est bien où l'on doit être, parce que, permettez-moi d'exprimer cette appréhension, demeure une incertitude" Bernard D.
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